D’ICARE A PEGASE – JC MEYNARD

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DE L’ORIGINE D’UNE MÉTAMORPHOSE

La série des ICARES –  1998 

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ICARE I de Jean-Claude Meynard – 1998 – 120 x 120 cm – Oeuvre en plexiglas construite en reliefs

Icare de Jean-Claude Meynard - 1998 - 120 x 120 cm - Oeuvre en plexiglas

ICARE II de Jean-Claude Meynard – 1998 – 120 x 120 cm – Oeuvre en plexiglas construite en reliefs

Icare 3 de Jean-Claude Meynard - 1998 - 120 x 120 cm - Oeuvre en plexiglas construite en reliefs

ICARE III de Jean-Claude Meynard – 1998 – 120 x 120 cm – Oeuvre en plexiglas construite en reliefs

Icare I de Jean-Claude Meynard - 1998 - 120 x 120 cm - Oeuvre en plexiglas construite en reliefs

ICARE IV  de Jean-Claude Meynard – 1998 – 120 x 120 cm – Oeuvre en plexiglas construite en reliefs

LES ICARES de Jean-Claude Meynard à l'Abbaye du Ronceray

MEMOIRE D’ICARE de Jean-Claude Meynard, installation  à l’Abbaye du Ronceray

MEMOIRE D’ICARE   –  INSTALLATION FRACTALE DE MEYNARD – ABBAYE DU RONCERAY, Angers, Maine et Loire, France – 1998.

En 1998, JC Meynard investit le chœur de l’Abbaye du Ronceray avec la série des « Icares » : 10 tableaux en relief réalisés en altuglas et métal de 120 cm x 120 cm.

Les corps démultipliés d’Icare sont suspendus en équilibre dans l’espace ; ces tableaux-sculptures sont pris dans un enroulement où la figure d’Icare, selon le principe fractal, se développe sans fin. Icare est à la fois celui qui s’élève et celui qui tombe, par essence, son mouvement est donc perpétuel. Meynard enroule son « Icare » dans une spirale où il peut se mouvoir, s’envoler, chuter, et s’envoler à nouveau. Dans une spirale, où est le haut ? Où est le bas ? Où est l’envol ? Où est la chute?

DE L’ORIGINE D’UNE MÉTAMORPHOSE

LE PEGASE –  2014

Pégase de Jean-Claude Meynard 2014 ( Série Bestiaire Fractal)

Pégase de Jean-Claude Meynard – 2014 –  120 x 160 cm –  Série Bestiaire Fractal

 » JE ME PROPOSE DE DIRE LES METAMORPHOSES DES FORMES  EN DES CORPS NOUVEAUX « 

Première phrase des  » Métamorphoses » d’Ovide* 

Jean-Claude Meynard a crée son PEGASE avec la démultiplication fractale d’une silhouette humaine aux quatre membres déployés, reprise métamorphosée de son ICARE des années 1998.

Son PEGASE, figure animale mythique, a donc été composé par un autre mythe :  L’ICARE. Cette abolition des territoires, ce glissement d’un mythe à un autre, oblige à une nouvelle imagination… La figure fractale crée par Meynard : mi Pegase mi Icare, mi animal mi homme, par sa double configuration renvoie à l’incertitude ontologique de toute identité, fut-elle mythique.

Il y a là une aire de jeu rêvée pour un plasticien que de pouvoir ainsi reprogrammer les mythes jusqu’à inventer une mythologie nouvelle.

Comme l’écrit, GianCarlo Pagliasso, critique d’art et professeur en esthètique de l’art, les animaux de Meynard renouvellent l’iconographie traditionnelle en rendant perceptible l’articulation entre le naturel et l’historique, le symbolique et le réel. C’est en cela que son travail est le plus remarquable : esquisser l’insertion de l’infini dans le fini plutôt que de présenter une forme définitive, fermée à tout interprétation. Parmi l’un des premiers en France à avoir saisi les potentialités de la démarche fractale pour la création artistique, il en a aussi exploré toutes les implications en en faisant un outil de recherche et de découverte. Il a pu ainsi interroger la complexité et le caractère chaotique des phénomènes physiques en vue d’une meilleure compréhension du monde.

* Traduction de Georges Lafaye

Le  » PEGASE »  de JC Meynard fait parti des « Métamorphoses, le Bestiaire Fractal ». Il a été exposé à de nombreuses reprises :

En France, Paris, Galerie Dumonteil – Juin 2015

En Chine, Hong Kong, Fine Art Asia –  Octobre 2015

En Italie, exposition muséale à Andora, au Palais Tagliaferro, Solo Show « L’animal Fractal que je Suis » – Octobre à Décembre 2015

En Chine, Shanghai, Galerie Dumonteil-Shanghai – Mars/ Avril 2016

En Chine, Hong Kong, Art central Hong Kong – 22 au  27 Mars 2016

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 » Le Bestiaire Fractal de Jean-Claude Meynard  » à la Galerie Dumonteil – Paris

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 » LE BESTIAIRE FRACTAL DE JEAN-CLAUDE MEYNARD  » 

Dans chaque animal il y a un homme qui danse…

GALERIE DUMONTEIL 

38 rue de l’Université 75007 Paris

EXPOSITION DU 3 JUIN AU 6 JUILLET 2015

Le Bestiaire Fractal appartient à la série de l’artiste :  » Métamorphoses, Hybrides et autres Mutations… « 

Depuis cinq ans, Jean-Claude Meynard construit son travail autour d’un triple concept qu’il a nommé « Métamorphoses, Hybrides et autres Mutations… »

A l’instar d’Escher, il présente ici son Bestiaire Fractal constitué de représentations animales composées à partir d’une matrice unique : la silhouette humaine.

Jouant des principes de la géométrie fractale, Meynard démultiplie à l’infini cette silhouette humaine à des échelles différentes pour composer la figure même de l’animal.

Ainsi, l’animal n’est plus tout à fait un animal, c’est un homme, ou plutôt un homme en devenir d’homme.

Meynard donne à voir le passage du vivant, d’un état à un autre dans les limites mouvantes, hésitantes et dansantes de la vie.

Ce mélange des territoires, cette abolition des frontières, oblige à un regard nouveau :

Où commence l’animal et où finit l’homme ?

En recomposant le vivant, en le reprogrammant, Meynard propose une nouvelle mythologie.

Pegasus - Bestiaire Fractal - Jean-Claude Meynard.

Bestiaire Fractal de Jean-Claude Meynard – Pégasus – Impression numérique argentique sous diasec / 90 x 110 cm  – 2014

Bestiaire Fractal - Jean-Claude Meynard.

Bestiaire Fractal de Jean-Claude Meynard –  » La Féline »  – impression numérique argentique sous diasec – 77 x 110 cm – 2014

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Bestiaire Fractal de Jean-Claude Meynard –  » Mémoire d’Eléphant » – Impression numérique argentique sous diasec – 108 x 108 cm – 2014

Les Gorgones

Bestiaire Fractal de Jean-Claude Meynard –  » Les Gorgones  » Impression numérique argentique sous diasec – 94,5 x 129 cm – 2014

Monarque Papillon fractal   - Jean-Claude Meynard

Monarque Papillon fractal – Jean-Claude Meynard

 » Ouroboros  » – Jean-Claude Meynard – Bestiaire Fractal

Le Paon

Le Paon – Bestiaire de Jean-Claude Meynard

Bestiaire Fractal de Jean-Claude Meynard - L'arborescence du Cerf - 110 x 54 - Impression numérique argentique sous diasec - 2014

Bestiaire Fractal de Jean-Claude Meynard – « L’arborescence du Cerf  » – 110 x 54 – Impression numérique argentique sous diasec – 2014

Bestiaire Fractal de Jean-Claude Meynard – « Tortue

Bestiaire Fractal de Jean-Claude Meynard – « Tortue  » – Impression numérique argentique sous diasec – 2014

Bestiaire de Jean-Claude Meynard -

Bestiaire Fractal de Jean-Claude Meynard – « Nautilus » – Impression numérique argentique sous diasec – 2014

Villa Datris – Isle sur la Sorgue – Installation de la Sculpture World de Jean-Claude Meynard – 23 avril 2015

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VILLA DATRIS – FONDATION

Isle sur la Sorgue,Vaucluse, France

Installation de la Sculpture World de Jean-Claude Meynard  

23 Avril 2015

Villa Datris – Fondation – Isle sur la Sorgue, Vaucluse, France – 23 Avril 2015 – Installation de la sculpture « World » de Jean-Claude Meynard

Villa Datris – Fondation – Isle sur la Sorgue, Vaucluse, France – 23 Avril 2015 – Installation de la sculpture « World » de Jean-Claude Meynard

Villa Datris – Fondation – Isle sur la Sorgue, Vaucluse, France – 23 Avril 2015 – Installation de la sculpture « World » de Jean-Claude Meynard

Villa Datris – Fondation – Isle sur la Sorgue, Vaucluse, France – 23 Avril 2015 – Installation de la sculpture « World » de Jean-Claude Meynard

Villa Datris – Fondation – Isle sur la Sorgue, Vaucluse, France – 23 Avril 2015 – Installation de la sculpture « World » de Jean-Claude Meynard

COMMENT REGARDER UNE OEUVRE D’ART…

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 Ces photos ont été prises à la GALERIE LELIA MORDOCH, le 10 avril 2014

lors du vernissage de l’exposition de JEAN-CLAUDE MEYNARD

  » MÉTAMORPHOSES, HYBRIDES ET AUTRES MUTATIONS… »

COMMENT REGARDER UNE OEUVRE D’ART…

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TOURNER LE DOS…

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TOURNER LE DOS TOUS EN MÊME TEMPS…

IGNORER...

IGNORER…

SE REGARDER...

SE REGARDER…

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REGARDER l’OEUVRE DANS UN LIVRE…

ECRIRE...

ECRIRE…

PHOTOGRAPHIER...

PHOTOGRAPHIER…

REGARDER LA PHOTO...

REGARDER LA PHOTO…

FIMER...

FILMER L’ARTISTE…

JOUER...

JOUER AVEC L’OEUVRE…

REGARDER DERRIÈRE...

REGARDER DERRIÈRE…

PENCHER LA TÊTE...

PENCHER LA TÊTE…

LEVER LES BRAS...

LEVER LES BRAS…

CARESSER L'OEUVRE...

CARESSER L’OEUVRE…

S'INTERROGER...

S’INTERROGER…

SCRUTER INTENSÉMENT...

SCRUTER INTENSÉMENT…

NE PAS QUITTER DES YEUX….

NE PAS QUITTER DES YEUX…

DEMEURER FACE À FACE...

DEMEURER FACE À FACE…

DEVENIR OMBRE ET LE TABLEAU LUMIÈRE...

DEVENIR OMBRE ET LE TABLEAU LUMIÈRE… Merci à Monsieur Pascal Lansberg

La Monnaie de Paris / Jean-Claude Meynard / Géométrie Fractale

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Edition d’une suite de médailles calendaires

« Géométrie Fractale » 1996 – 2000

 

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  • Artiste plasticien :  Jean-Claude Meynard   
  • Concepteur :  Gilles Bastianelli
  • Réalisation : Atelier de gravure de la Monnaie de Paris – Collection Générale

 

 

Le Baiser de Jean-Claude Meynard – Histoire d’un tableau

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Le Baiser - Peinture de Jean-Claude Meynard -  Acrylique sur toile -  96x160 cm - Série " Corps et Graphiques" - 1983

Le Baiser – Peinture de Jean-Claude Meynard – Acrylique sur toile – 96×160 cm – Série « Corps et Graphiques »- 1983

La toile « Le Baiser «  de Jean-Claude Meynard exprime la fusion de deux corps dans une pose amoureuse. Les contours des corps sont figurés comme des lignes de lumière.

« Le Baiser » a  été utilisé comme couverture du roman  » Julius Terman, Portrait vers 1992″ de  Elisabeth Préault paru en 1992 aux éditions Balland.

Article sur Elisabeth Préault

Article sur le livre « Julius Terman, Portrait vers 1992  » de Elisabeth Préault- Jeudi 23 avril 1992

Julius Terman, roman d'Elisabeth Préault,

« Julius Terman, Portrait vers 1992 », roman d’Elisabeth Préault, article de Pascal Ziegel, 1992

Couverture Julius Terman copie

Autre fusion de la peinture avec l’écriture, le roman Julius Terman décrit le rapport fusionnel entre un peintre, Julius Terman, son modèle, et son art.

HISTORIQUE DE LA TOILE « LE BAISER » 
Cette oeuvre appartient à la série  » Corps et Graphiques « .

C’est à partir des années 80, que Meynard se dégage de toute narration, de tout arrière-plan, et utilise la seule lumière pour figurer les présences humaines.

Dans cette série, les êtres, les contours des corps, sont peints comme des rayonnements, des tracés, des lignes luminescentes, les corps sont des impressions lumineuses, des persistances rétiniennes…. La lumière crée l’individualité de la forme. Meynard poursuivra ce travail sur les corps lumineux jusqu’à la série du Radeau des Muses

Texte de Giovanni Lista

« Dans la série « Corps et Graphiques  » Jean-Claude Meynard se libère de toute anecdote résiduelle, de toute accidentalité narrative, dans des toiles où de simples détails anthropomorphes d’un corps en action, parfois accompagnés de tracés linéaires tendus à l’extrême, traduisent le déploiement de l’énergie dans l’espace.

La scène picturale elle-même, se situant sur un fond assombri et en dehors de toute dimension perspective, s’affirme à la manière de certaines images de l’écran électronique dont elle a l’immatérialité fictive et le caractère tout à la fois labile et péremptoire.

Les formes, peintes avec des effets semblables à l’aura luminescente du néon, ne vivent que dans une apparition fugace et diaphane. Chaque ligne s’étend suivie ou contrée par des halos lumineux et des sillages de couleurs. La gamme chromatique est artificielle, acide et criarde, mais ses dégradations et ses intensifications matérialisent les transmutations fusionnelles de l’énergie comme lumière. Le sujet de la peinture n’est rien d’autre que l’éclat même de l’être. »

La série « Corps et Graphiques  » comptent une vingtaine de peintures, deux sont devenues emblématiques :   « Le Baiser » et « Le Portrait de Marcel Duchamp ».

Le Portrait de Marcel Duchamp

Portrait de Marcel Duchamp par Jean-Claude Meynard - peinture acrylique sur toile - 1981 - 100x73 cm

Jean-Claude Meynard – Portrait de Marcel Duchamp – peinture acrylique sur toile – 1981 – 100×73 cm

« Le Portrait de Marcel Duchamp  » a longtemps été classé dans la série sur le jeu, Jean-Claude Meynard ayant représenté Duchamp dans la pose du Joueur d’échecs, ce que Duchamp était – aussi. C’est depuis peu que cette toile a rejoint sa série, pour ainsi dire, naturelle, sur le travail de la lumière… Marcel Duchamp est bien une forme peinte comme une aura luminescente.

Autres toiles de la Série « Corps et Graphiques »

Jean-Claude Meynard "Comète", peinture acrylique sur toile 1983 89x160 cm  -

Jean-Claude Meynard « Comète », peinture acrylique sur toile – 1983 –  89×160 cm

Jean-Claude Meynard - "Le Saut ", peinture acrylique sur toile - 1982 - 89x130 cm

Jean-Claude Meynard – « Le Saut « , peinture acrylique sur toile – 1982 – 89×130 cm

Jean-Claude Meynard - "Chaloupé", peinture acrylique sur toile - 1983 - 89x116 cm

Jean-Claude Meynard – Chaloupé », peinture acrylique sur toile – 1983 – 89×116 cm

Atalante - Jean Claude Meynard - peinture acrylique sur toile - 1982 - 146x89  cm

Atalante – Jean Claude Meynard – peinture acrylique sur toile – 1982 – 146×89 cm

Transe... en danse - Jean-Claude Meynard - peinture acrylique sur toile- 1983 - 130X195 cm

Transe… en danse – Jean-Claude Meynard – peinture acrylique sur toile – 1983 – 130X195 cm

Contre-pied - Jean-Claude Meynard - peinture acrylique sur toile- 1983 - 146x89 cm

Contre-pied – Jean-Claude Meynard – peinture acrylique sur toile- 1983 – 146×89 cm

INTERROGATION FRACTALE DE JEAN-CLAUDE MEYNARD

 

L’oeuvre « Interrogation Fractale » de Jean-Claude Meynard illustre le 27 ème Colloque de Mouans-Sartoux qui aura lieu du 7 au 10 septembre 2017 au château de Mouans-Sartoux dans les Alpes-Maritimes. 

Les conférenciers…  

  
Mouans-Sartoux – Alpes Maritimes

L’homme qui marche… fractal geometry by Jean-Claude Meynard

Depuis les années 90, une grande partie de l’œuvre de Jean-Claude Meynard s’est construit autour du concept de  » l’Homme Fractal « . Un homme illimité, un homme qui marche, qui parcourt les réseaux, et qui, même, à l’arrêt, en pause, se trouve existant, vivifié, mobile, par les algorithmes qui le composent .

Cet Homme qui Marche de Jean-Claude Meynard (référence à  » L’Homme qui Marche  » de Giacometti ou de Rodin)  est bien évidemment  la matrice fondatrice de la sculpture  » World »  réalisée en 2010 par l’artiste.

A propos de l’œuvre World, Alain Biancheri écrit

  » La simplification de la silhouette humaine renvoie aux schémas symboliques ou, pourquoi pas, aux logotypes ou autre pictogrammes. La multiplication de sa forme, au delà de la répétition sérielle, évoque tout naturellement le déplacement à partir d’un module qui serait inspiré de « L’Homme qui Marche » de Rodin, mais aussi la décomposition d’un mouvement, puisque la silhouette n’est pas identique et semble évolutive. Les phases successives connotent les recherches de Muybridge sur la chronophotographie ou « le nu descendant l’escalier » de Marcel Duchamp. Autant de références qui enrichissent cette chaine d’humanité, cette écriture humaine, selon les termes de Meynard, qui parcourt la sphère en lui conférant un réel mouvement.  » Extrait de l’article de Alain Biancheri  à propos de la sculpture « World » de JC Meynard – 09/ 01/ 2013 

Volontairement, aucune mention de titre ou de date n’annote les oeuvres présentées ci-après. Ces œuvres vont de l’année 1993 à aujourd’hui.

Babel Matrice 2008 – 56 x 75 cm

 Métamorphose Flux 2014 – 100 x 200 cm
Génèse I 2014 – 110 x 110 cm

Give me a light, please ! de Jean-Claude Meynard

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Impression numérique et découpe sur plexiglas – Impression sur Duratrans, tube Plexiglas et volute de Leds intérieurs – 120 cm  de hauteur / 18 cm de large.

Cette œuvre de JC Meynard a été présentée lors de l’exposition :  » NE TIREZ PAS SUR LE FUMEUR… » organisée par la galerie Lelia Mordoch Paris du 24 mars au 13 mai 2017.

 

 

PARCOURIR LE LABYRINTHE AVEC MC ESCHER, JEAN-CLAUDE MEYNARD, FRANÇOIS MORELLET… PAR Yvan Etiembre

 

Escher-ascending-and-descending-mediumM.C Escher  » Ascending and Descending  » 1960

« Je dirai maintenant comment est faite Octavie, ville-toile d’araignée. Il y a un précipice entre deux montagnes escarpées : la ville est au-dessus du vide, attachée aux deux crêtes par des cordes, des chaînes et des passerelles. (…) Telle est la base de la ville : un filet qui sert de lieu de passage et de support. Tout le reste, au lieu de s’élever par-dessus, est pendu en dessous : échelles de corde, hamacs, maisons en forme de sacs, portemanteaux, terrasses semblables à des nacelles, outres pour l’eau, becs de gaz, tournebroches, paniers suspendus à des ficelles, monte-charges, douches, pour les jeux trapèzes et anneaux, téléphériques, lampadaires, vases de plantes aux feuillages qui pendent. Suspendue au-dessus de l’abîme, la vie des habitants d’Octavie est moins incertaine que dans d’autres villes. Ils savent que la résistance de leur filet a une limite. »Italo Calvino, Les villes invisibles
Esher_by_me_by_Ryo974M.C Escher  » By me By RUYO 974  » 

Le labyrinthe revient en force, dans toutes les dimensions de notre société. Il revient comme modèle de pensée mais ce n’est plus celui qui présidait à une vision de l’espace sacré ou aux divertissements qui en conservaient le dessin. Le texte deM. Serres sur le jeu de l’oie le pressentait. Selon la classification d’Umberto Eco, le modèle qui nous gouverne est désormais celui du labyrinthe/ Rhizome.

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A trop insister sur le contenu et le « sens «  du labyrinthe qu’on pensait d’abord initiatique ou religieux, on avait omis de considérer ses caractères formels, comme outil de jonction de formes différentes ,dont ils assure la continuité par connexion. Dans le domaine physique, on rencontre ainsi fréquemment des labyrinthes à l’interface de formes différentes. Par exemple, les transitions de phase entre deux états de la matière, solide et liquide ou liquide et gazeux s’opèrent au moyen de structures labyrinthiques. L’intestin est un autre exemple d’une telle surface de transition. Penser ce labyrinthe c’est se situer dans l’entre deux.

Les mythes, les romans ont ainsi une structure labyrinthique traçant un chemin qui passe par les différentes situations à parcourir ; Kafka3la connexion entre deux situations distinctes, comparables à deux formes différentes, est assurée par un tel labyrinthe structurel qui assume donc l’absence de dépendance causale entre scènes successives. Ce peut être, par exemple, l’errance sur une mer déchaînée entre deux étapes de l’Odyssée. Dans les romans de Kafka, la méthode est raffinée. Kafka, si ses récits ne s’achèvent pas, crée de véritables labyrinthes matériels entre les différentes situations qu’il juxtapose. Le héros passe d’une scène à la suivante par une série de détours dans lesquels il se croit perdu. Le labyrinthe ne distord pas seulement l’espace mais le temps. De même qu’il éloigne des lieux proches en y introduisant la distance de ses circonvolutions, il sépare des instants voisins en y intercalant des durées anormales. Il nous maintient dans une sorte de suspens illimité. Ainsi l’énigme du Procès ou la quête de « l’Arpenteur dans le Château. Le terme importe peu, s’il existe, seuls comptent les efforts des protagonistes, leur abnégation à chercher, à enquêter à questionner.

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 M.C Escher   » Eight Heads  » 1922

« La croyance au monde est inféodée au modèle d’une Création, création qui suit un ordre, l’orchestration d’une partition intégrale dont on retrouve encore des notes chez Leibniz ou Spinoza. Même si ce dernier n’est pas du tout créationniste, il ne s’en réfère pas moins à une Nature unique et sans faille. C’est cet univers qui, désormais, semble se dissoudre dans l’hétérogène. Où que l’on porte le regard, on pressent déjà une hostilité à l’ordre, à tel point que la raison ne cesse d’être invoquée en remède, prothèse bancale d’une méthode susceptible de nous arracher à l’erreur et à l’errance de l’imagination inquiète. Schrodinger__s_cat_by_chubas7Le monde, pour continuer d’y croire, exige une forme de mathématique sévère qui se montre capable de sortir de la dispersion infinie des sphères… Il y a toujours un passage entre les éléments du monde que la raison pourra construire. Mais, au sein de ces passages, on verra se diviser d’autres monstruosités encore, pour peu qu’on aille assez loin dans le détail. Le XXesiècle montre des aberrations, une horreur quantique au terme de laquelle il ne nous sera plus loisible de faire la différence entre le même et l’autre. C’est du sein de la raison elle-même et non de son sommeil ou de sa mise en veille que monte une indécision infinie, une contradiction que le paradoxe de Russell va dramatiser jusqu’à la folie, découvrant les discordances de la logique dans son fonctionnement le plus rigoureux. 

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M.C Escher  » Rind « 

Le passage à la limite qui pouvait venir à bout des contraires, la tangence touchant à l’unité des opposés, avec l’illusion d’un contact qui fasse un monde sont irrémédiablement perdues depuis que la modernité est en crise, en passe de dissiper en même temps que son Dieu, son univers avec le sujet supposé s’y abriter…

L’infini moderne cède alors le pas au chaos de notre siècle déboussolé. À la jointure de tous les temps, dans la bifurcation de ses labyrinthes, le contemporain est le nom des mondes qui se superposent mis en dehors les uns des autres, parcourus par des outsiders qui seront comme des héros de la science-fiction devant des matières dont la mémoire ouvre des nanomondes immenses au sein de villes et d’appartements de plus en plus rétrécis….

J.Clet Martin. Plurivers. Puf

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Pour l’anatomie, la physiologie, tout est déjà labyrinthe.
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Au XIIe siècle, le vieux français resel désignait un « petit filet utilisé pour la chasse et la pêche .L’idée de réseau s’est tout naturellement appliquée à la physiologie et aux tissus biologiques. Les réseaux corporels, tels ceux de l’appareil sanguin et nerveux, servent à transmettre des flux et les tissus sont vus comme des maillages. Le réseau permet de concilier la fixité et la fluidité par sa nodalité (les nœuds sont des points fixes essentiels car c’est là que se croisent les flux) – c’est une « machine circulatoire »,

Voici bien longtemps qu’on a remarqué que l’empreinte digitale peut être perçue comme un système de méandres spécifique à chaque individu; la meilleure représentation actuelle du cerveau est aussi un labyrinthe où circulent des informations complexes; on retrouve la spirale dans certaines plantes (volubilis, liseron, tournesol, ananas, etc.) ; l’ADN lui-même est évidemment hélice, spirale et tresse à la fois, source de vie labyrinthique

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L’électricité a délocalisé à l’extrême la distribution de la puissance, puis les télécommunications ont fluidifié l’espace-temps – le monde pouvait désormais être conçu comme un ensemble de sites susceptibles d’établir entre eux des liens de communication. Fils_reseaux_home

Le type de pression sociale qui se met en place dès l’aube de la civilisation industrielle contraint l’individu moderne à ne plus pouvoir vivre que connecté à des réseaux. . Nous sommes ainsi partie prenante, d’une infrastructure faite de filets à plus grosses mailles interconnectées qui rend l’individu complètement dépendant des choix techniques (ceux économiques ou financiers rentrent évidemment dans ce cadre), opérés en des lieux mystérieux et pour des raisons que personne ne connaît. Mais en ces lieux mystérieux opère tout le pouvoir de la technoscience .RSEAUX~1

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Dans certains réseaux/filets nous sommes totalement guidés. Par exemple, une fois composé un numéro de téléphone, avant que la communication ne s’établisse, elle traverse un labyrinthe sans impasses où les bifurcations sont toutes programmées dès le départ, chaque chiffre en ordonnant une : pays, puis ville , puis quartier, puis correspondant. Dans la numérotation des « portables », les bifurcations classent des personnes et non plus des lieux.

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MC Escher  » Inverse »

Dans d’autres, en revanche, chacun risque de se perdre : prendre le métro, changer de bus, marcher d’un quartier à un autre, rechercher un service sur Internet, faire des achats dans les rayons d’une grande surface, déambuler dans une gare, un aéroport, un parc d’attractions, un musée, suivre un cursus scolaire, chercher un emploi et même, on le verra, danser, jouer aux échecs, au football, aux jeux vidéo… Apprendre, jouer, rêver, voyager, travailler, consommer, danser, se distraire, découvrir, se soigner, sont, d’une façon ou d’une autre, des occupations labyrinthiques.

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Jean-Claude Meynard  » Les Corps Fractals » – 2006

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« Moebius » 

Divers futurs sont désormais possibles dans le temps, devenu lui-même un labyrinthe mathématique. La découverte des ondes électromagnétiques a bouleversé les principes de la géométrie : un réseau n’a plus besoin d’être rectiligne pour être efficace .quelle que soit sa forme, le temps nécessaire pour le parcourir est pratiquement constant. Depuis lors, le labyrinthe ne quitte plus les sciences : les nouvelles géométries non euclidiennes sont, par essence, labyrinthiques ; les théories modernes des catastrophes, des fractales, des oscillations, renvoient, elles aussi, au labyrinthe ; la physique des particules utilise les mêmes mathématiques que celles de la théorie des nœuds ;

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Espace non euclidien 

la probabilité envahit la matière elle-même, qui n’est plus représentée comme un ensemble de cristaux alignés, mais comme un assemblage en spirales de labyrinthes fractals aux positions incertaines, où tout est réseau complexe, ensemble de chemins critiques et d’impasses. La physique nucléaire et même l’optique – pourtant science par excellence de la ligne droite -» l’informatique, utilisent le labyrinthe comme métaphore ou comme support réel. Par exemple, rien de plus labyrinthique qu’une puce électronique où s’entrecroisent des connexions qui n’auraient pu être conçues sans l’interaction de découvertes antérieures, du transistor au silicium, du pentium aux algorithmes – ceux-ci eux-mêmes labyrinthes de signes, successions de bifurcations que généralise ensuite le codage des sons et des images. Avec le numérique, chaque son, chaque image est un point d’aboutissement dans un labyrinthe, une adresse dans un réseau de bifurcations.

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Labyrinthe numérique 

« Les médias développent des espaces virtuels. Expérimentant moins qu’elles ne simulent et s’occupant du possible plus que du réel, les sciences, aujourd’hui, se développent dans des espaces virtuels, aussi bien. Le droit règle, enfin, les conduites possibles. Or tout pouvoir politique est depuis toujours, l’art et la capacité du possible et du virtuel. Donc, le pouvoir tend à tomber dans les réseaux des médias, dans les possibles de la science et les règles du droit.

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En touchant, localement, chaque individu et en traçant des chemins nombreux, directs et inverses, du local au global, nos réseaux, technologiques, tendent, donc, peu à peu, à remplacer les anciennes grandes instances ou institutions chargées du global, Etats, Droits, Eglises, Banques et Bourses, Ecoles et Universités. Passé la révolution industrielle, la nouvelle révolution technologique porte, en effet, exactement, sur la construction d’un univers. L’innovation touche moins le travail, la production, ou même, peut-être, le commerce, que l’ensemble des liens entre le local et 1e global. Ce qui restait aveugle et caché, dans les institutions, d’où la représentation, se matérialise, devient présent e visible, en temps réel. Cette réalité du temps double et renforce tout ce qui reste virtuel dans les espaces.

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François Morellet  » Trames- Tirets « 

Désormais, visible, construit, fascinant, le réseau s’installe parmi nous, mieux, nous habitons en lui._cadastre_de_belinda_m

Qu’a-t-il à faire des autres institutions, D’où la capacité de détruire ou remplacer, pour le pire et le meilleur, le politique, le religieux, le droit, la culture et le savoir ; les rapports de violence et de force ; le commerce et l’argent ; trois instances chargées, depuis l’aurore de l’histoire, de faire apparaître et forger le lien social. Car ces institutions et les personnes qui les hantaient détenaient, jadis, leurs fonctions et leurs pouvoirs de ce que nous ne savions pas tracer les chemins du local au global et que nous ignorions même ce que ce dernier signifie. Or, nous les traçons chaque jour et nous en suivons, en temps réel, les câblages. Tel qui tient ce réseau, qui va du local au global, ayant tous les pouvoirs, remplace le politique ; ayant tous les droits, remplace le judiciaire ; parce qu’il sait tout, remplace le savant ; faisant fonctionner sa machine à fabriquer des dieux, détient, enfin, le sacré ; choisit les lieux de la violence ; fait flamber ou non le commerce et l’échange ».

Michel Serres  » Atlas » Champs/ Flammarion 

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M.C Escher  » Heroes of Over « 

Notre expérience ne peut plus être celle d’un seul chemin pré tracé quel que soit ses méandres. Au Moyen Âge, l’espace était vécu comme un ensemble hiérarchisé de lieux (lieux sacrés et lieux profanes, lieux urbains et campagnards, lieux célestes et terrestres),un espace très codé de localisations. Redisons le, le labyrinthe était cet espace fermé, de type cnossien ou maniériste, sinueux certes, retardant la marche , maisqui restait rassurant par son enveloppe extérieure et parce que comportant un centre. ….il symbolisait les contraintes de l’existence à d’autres époques de la culture que la nôtre. Un fil d’Ariane ou les cailloux du Petit Poucet permettait de le maitriser. Ulysse finissait par sortir du labyrinthe méditerranéen et le pèlerin atteignait Jérusalem, grâce aux dessins des cathédrales.

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Cet espace fermé et hiérarchisé s’ouvrira d’abord avec Galilée et Descartes, qui introduisent un espace infini et infiniment ouvert, passage du monde clos à l’univers infini, selon le titre célèbre d’Alexandre Koyré :
l’étendue se substitue à la localisation. Mais de nos jours, nous vivons, selon Marc Auge dans un espace de la surmodernité qui relativise et déborde l’organisation de l’espace familier, espace que nous n’avons pas encore appris à regarder et à comprendre, un labyrinthe paradoxal qui ne requiert plus le même fil d’Ariane parce qu’y prolifèrent les « non-lieux »

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Jean-Claude Meynard  » La Closerie des Lilas Hybride » – 2010

« Si un lieu peut se définir comme identitaire, relationnel et historique, un espace qui ne peut se définir ni comme identitaire, ni comme relationnel, ni comme historique définira un non-lieu. L’hypothèse ici défendue est que la surmodernité est productrice de non-lieux, c’est-à-dire d’espaces qui ne sont pas eux-mêmes des lieux anthropologiques et qui, contrairement à la modernité baudelairienne, n’intègrent pas les lieux anciens : ceux-ci, répertoriés, classés et promus « lieux de mémoire », y occupent une place circonscrite et spécifique. Un monde où l’on naît en clinique et où l’on meurt à l’hôpital, où se multiplient, en des modalités luxueuses ou inhumaines, les points de transit et les occupations provisoires (les chaînes d’hôtels et les squats, les clubs de vacances, les camps de réfugiés, les bidonvilles promis à la casse ou à la pérennité pourrissante), où se développe un réseau serré de moyens de transport qui sont aussi des espaces habités, où l’habitué des grandes surfaces, des distributeurs automatiques et des cartes de crédit renoue avec les gestes du commerce « à la muette », un monde ainsi promis à l’individualité solitaire, au passage, au provisoire et à l’éphémère, propose à l’anthropologue comme aux autres un objet nouveau dont il convient de mesurer les dimensions inédites avant de se demander de quel regard il est justiciable… »   

Marc Auge  » Non Lieux » – Seuil

TB6DFHMETA23Jean-Claude Meynard « Passerelle Canal Saint Martin – Pont Miroir » 2006 

Un tel monde labyrinthique peut être qualifié de  « chaos », à condition de ne pas comprendre celui-ci comme inerte, simple mélange d’éléments dus aux hasards mais comme ce qui défait toute consistance dans l’infini. Physique il est aussi mental : Il guette toute pensée prise entre la fermeture et la menace inverse d’inconsistance ; nous sommes submergés par des « données » de toutes sortes, par un afflux incessant de ponctualités de tous ordres, perceptives, affectives, intellectuelles, dont le seul caractère commun est d’être non lié. (régime de notre information médiatique). « Décodage généralisé » selon Deleuze. Nos schèmes intellectuels et perceptifs traditionnels, nos habitus deviennent impuissants face à cette démesure des données. l’existence d’un tel chaos exige une toute autrepensée, une nouvelle forme de liens et de déchiffrement que celle de schèmes interprétatifs et de codes tout faits.

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Jean-Claude Meynard –  » Espace Plis  » 2003 

« De cette demi-maîtrise naissent nos angoisses, devant lesquelles nous érigeons le principe de précaution; il décide au préalable. S’il reste un principe, précédant tout commencement, il risque d’étrangler l’œuvre. Préformationniste, il devient prétexte d’immobilité, une sorte de sophisme paresseux. Laissons donc ce prin- et ce pré-, faux et inutiles. Comme tout bouge et se négocie à la contingence, mieux vaut qu’il varie comme le font la maîtrise et le principe de raison.

Inventons alors une éthique à la mode cybernétique. Gouvernons des productions dont nous ne décidons jamais, une fois pour toutes et avant tout, du comportement. Suivant les enseignements obtenus au cours de leur évolution, infléchissons en temps réel nos décisions, en pratiquant la prudence du pilote. À la barre, il gouverne le vaisseau suivant ses intentions ou celles de la collectivité dont il exécute le dessein, mais en tenant compte sans cesse des réactions de la houle, du vent, de la tenue du bâtiment, de sa danse avec la lame, de l’humeur de l’équipage, de l’âge du capitaine… têtu, tient le cap, sans muser vers les quatre vents de la rosé, mais change de route s’il le faut, fait escale, met en panne ou à la cape, revient sur ses pas, contourne les cyclones et les parages de bonace… bref gouverne. Avertie de la contingence du monde, la prudence agit selon la logique des modalités. »

Michel Serres. Rameaux Le Pommier

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 Jean-Claude Meynard –  » Silhouette en marche Hybridation  » 2010 

Penser le bouleversement contemporain implique donc une révolution de la pensée, réinterrogeant nos catégories, ce que Deleuze appelle une « pensée du dehors », ou « pensée nomade » qui épouse le modèle du rhizome. »: « La pensée,écrit Deleuze, s’installe ainsi en dehors de la conscience, dans un monde de conjonctions et de rencontres à chaque fois singulières et imprévisibles, et le dehors s’installe dans la pensée à travers l’extériorité des espaces et des lieux. »

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Jean-Claude Meynard – « La Closerie des Lilas Hybride  » – 2010

Dans la classification d’Umberto Eco, le rhizome s’oppose au labyrinthe « maniériste » qui peut se dérouler en une arborescence : 13Rhizomele rhizome est donc l’image de la pensée destinée à combattre le privilège séculaire de l’arbre « Il est flagrant que «beaucoup de gens ont un arbre planté dans la tête », écritDeleuze. Qu’il s’agisse de se chercher des racines ou des ancêtres, de situer la clé d’une existence dans l’enfance la plus reculée, ou encore de vouer la pensée au culte de l’origine, de la naissance, de l’apparaître en général. Le modèle arborescent soumet la pensée à une progression « droite » de principe à conséquence, tantôt la conduisant du général au particulier, tantôt cherchant à la fonder, à l’ancrer pour toujours sur un sol .Notre sol est pourtant désespérément chaotique.

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Le rhizome désigne désormais ce qui est premier dans l’expérience « réelle » : pas de point d’origine ou de principe premier commandant à toute la pensée ; pas d’avancée significative qui ne se fasse donc par bifurcation, rencontre imprévisible, réévaluation de l’ensemble depuis un angle inédit. La pensée doit s’en remettre à l’expérimentation, sans rapport avec une origine. Toute rencontre sera possible au sens où l’on n’a pas de raison de disqualifier a priori certains chemins plutôt que d’autres) ; on commence au milieu. Ce qui ne signifie pas faire n’importe quoi. Im_ca_5

Il y a un « tact », une sensibilité de la pensée aux signes labyrinthiques des rencontres qui justement forcent à penser : ainsi chezProust, la curiosité des signes mondains conduira le narrateur à l’indifférence déçue ; à l’inverse, l’énigme des signes sensibles et de la mémoire involontaire (la madeleine, le rêche d’une serviette,les pavées disjoints ) tracera le chemin du Temps Perdu(au sens de perdre son temps ) au Temps Retrouvé. Dans L’homme Sans Qualité de Musil, roman qui se veut « expérimental », le protagoniste Ulrich est celui qui  « pense une chose et en même temps qu’elle pourrait aussi bien être autre » .s’il ne méconnait en aucune façon le réel ,il le traite comme une invention perpétuelle.

« A la différence des arbres ou de leurs racines, le rhizome connecte un point quelconque avec un autre point quelconque, et chacun de ses traits ne renvoie pas nécessairement à des traits de même nature, il met en jeu des régimes de signes très différents et même des états de non-signes. Le rhizome ne se laisse ramener ni à l’Un ni au multiple… Il n’est pas fait d’unités, mais de dimensions, ou plutôt de directions mouvantes. Il n’a pas de commencement ni de fin, mais toujours un milieu, par lequel il pousse et déborde.. Une telle multiplicité ne varie pas ses dimensions sans changer de nature en elle-même et se métamorphoser. A l’opposé d’une structure qui se définit par un ensemble de points et de positions, de rapports binaires entre ces points et de relations biunivoques entre ces positions, le rhizome n’est fait que de lignes : 

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lignes de segmentarité, de stratification, comme dimensions, mais aussi ligne de fuite ou de déterritorialisation comme dimension maximale d’après laquelle, en la suivant, la multiplicité se métamorphose en changeant de nature. On ne confondra pas de telles lignes, ou linéaments, avec les lignées de type arborescent, qui sont seulement des liaisons localisables entre points et positions… … Contre les systèmes centrés (même polycentrés), à communication hiérarchique et liaisons préétablies, le rhizome est un système acentré, non hiérarchique et non signifiant, sans Général, sans mémoire » organisatrice ou automate central, uniquement défini par une circulation d’états. Deleuzed
Ce qui est en question dans le rhizome, c’est un rapport avec la sexualité, mais aussi avec l’animal, avec le végétal, avec le monde, avec la politique, avec le livre, avec les choses de la nature et de l’artifice, tout différent du rapport arborescent : toutes sortes de « devenirs »…

Gilles Deleuze et Félix Guatarri  » Mille Plateaux  » – Editions de Minuit

La pensée du labyrinthe contemporain serait ainsi une pensée nomade. Concept topologique qui désigne chez Deleuze une distribution dans l’espace, un espace ouvert sans repères, sans frontières déterminées. Pour le philosophe il faut toujours« parler en géographe ». La pensée à une inscription dans le sol. L’espace n’est pas un récipient mais un ensemble de règles de production. Ainsi nomade et nomos (la « loi ») dérivent de la même racine grecque nem (« partager » ou « attribuer à un troupeau

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« Tout autre est une distribution qu’il faut appeler nomadique, un nomos nomade, sans propriété, enclos, ni mesure.» Ceci a-t-il un lien avec le mode de vie chez les nomades ? Oui, bien entendu. Mais à condition de concevoir la vie nomade selon la conception deleuzienne du voyage comme un aspect de l’espace ou un rapport avec l’espace dans lequel l’espace perd son organisation rigide. Le nomade est, à l’origine, celui qui fait paître. Si nous définissons la particularité de la vie nomade, c’est principalement le déplacement et l’instabilité, mais ce n’est pas cela qui intéresse Deleuze, c’est plutôt la manière de distribuer et de peupler l’espace, floue de l’espace, l’absence de l’ordre statique, étatique ».

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« Dans ce terme (contrairement à ce que l’on a l’habitude de penser), ce n’est pas l’idée d’extrême mobilité ou d’errance (d’ailleurs il ne cesse de nous rappeler que les circuits coutumiers les des nomades sont beaucoup plus fixes qu’on ne le pense, que vrais nomades ne bougent pas beaucoup), mais surtout la forme de distribution dans l’espace, qui devient dans sa philosophie espace mental, espace social, espace politique. Il ne faut pas comprendre le nomadisme dans le sens du voyage comme déplacement dans l’espace. Car comme disait Deleuze, les grands voyageurs ce sont ceux qui ne se déplacent pas. Les nomades sont toujours au milieu, n’ont ni passé avenir, ils ont seulement des devenirs, devenir-femme, devenir-animal, devenircheval. Les nomades n’ont pas d’histoire, ils ont seulement la géographie : « C’est à propos de ces nomades qu’on peut dire, comme le suggère Toynbee : ils ne bougent pa ».

« Ce qui veut dire que le mot, au départ, ne désigne pas le déplacement mais une manière particulière d’occuper l’espace. L’espace nomade est un espace illimité, dans lequel tout change : « les orientations n’ont pas de constante, mais changent d’après les végétations, les occupations, les précipitations temporaires. » Il ne faut pas interpréter le nomadisme comme un déplacement mais comme un devenir perpétuel et un changement, même sur place, en espace en mouvement. Le nomadisme est une distribution « rhizomatique » sans modèle, selon les besoins immédiats. L’espace nomade est donc d’abord un lieu d’occupation sans limites précises (par exemple, l’étendue autour d’une ville). Le nomade se meut dans un espace sans repères (le désert, la mer, l’espace glacial), il ne connaît pas les lieux fixes, les Etats et les empires. L’essentiel dans cette vie de nomade, c’est le devenir perpétuel et la haine de l’organisation rigide et distribution ferme de l’espace. Non seulement le nomadisme est une distribution sans propriété et sans mesure, mais Deleuze va lier le nomadisme avec le devenir pour en faire une ligne de fuite. Avec sa machine de guerre, le nomade s’oppose au despote avec sa machine administrative ; l’unité nomadique extrinsèque s’oppose à l’unité despotique intrinsèque. Outre le fait que ce n’est pas le déplacement qui détermine le nomadisme mais l’absence de limites, le devenir perpétuel ; il y a aussi le fait que le nomadisme n’a pas d’objectif précis ou de finalité dans le devenir,sinon chercher sans cesse les prairies, poursuivent des itinéraires déterminés ».

Nouri Ismail. Thèse De Doctorat. Esthétique Nomade. La Ligne. Deleuze Et Klee.

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Le philosophe distingue deux types d’espaces, le lisse et le strié. Le second est espace de capture et d’enfermement, tel le labyrinthe classique, rapporté des coordonnées précises selon le système de référence approprié, c’est l’ensemble des lieux de coercition… C’est par exemple l’espace du travail ou l’humain est confronté à l’inhumain, moderne Minotaure. Il n’en est pas de même du premier, d’une tout autre nature, Un espace où tout procède par devenir, dont le modèle est l’itinération et qui se définit par son horizon, son ouverture d’un champ de mouvement et de déploiement…Deleuze introduit le concept de « déterritorialisation »qui n’est pas le départ du territoire mais sa mise en mouvement,la constitution d’un espace déplaçable Nazca

Une telle pensée donne le privilège à la ligne qui se définit d’abord par son caractère dynamique ;elle exprime la fonction, le processus, l’opération et le chemin. La voie de la création prend la supériorité sur les formes créées. Alors que la forme a un caractère statique, figé, qui peut devenir mortel la ligne est toujours vivante, en promenade permanente, comme l’acte de parcourir.

J’ai déjà cité la nouvelle de Borges sur les deux labyrinthes, celui du prince qui multiplie les murs et les constructions dures pour enfermer le nomade arabe dans un labyrinthe dont il sort pourtant ; à l’inverse, le labyrinthe du nomade ne comporte aucun mur aucun espace clos, c’est en un mot le désert. Le prince y meurt faute de savoir s’y orienter et être prêt à y survivre.

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M.C. Escher  » Inverse »

« Dans l’espace strié on se déplace d’un point à un autre et les lignes et les trajets n’ont de sens que dans cette dimension réglée : toute « errance », toute « dérive », tout mouvement sans but évident sont considérés comme inutiles, nuisibles, menaçants, illégitimes. Dans l’espace lisse il y a un mouvement inverse : subordination de l’habitat au parcours, de l’espace du dedans à l’espace du dehors[

Si l’espace sédentaire est strié par des murs, des clôtures, des chemins et des répartitions fixes, l’espace nomade des steppes, des déserts, des glaces ou de la mer est lisse et marqué par des traits qui s’effacent et se déplacent avec le trajet. Nazca-252034

Les nomades ne s’orientent pas en fonction de l’astronomie, mais à partir de qualités tactiles et sonores, de traces et d’empreintes variables (le vent, le sable, la glace ou l’étendue liquide de la mer). Il n’existe pas seulement une opposition entre nomades et sédentaires, mais aussi une différence entre nomades et migrants : le migrant est essentiellement celui qui va d’un point à un autre où il se reterritorialise, le nomade ne va d’un point à un autre qu’à l’intérieur d’un parcours, d’un trajet incessant, même si ses déplacements peuvent suivre des rythmes relativement réguliers.(Deleuze parle de ritournelle sur laquelle on reviendra) Le nomade ne s’approprie pas l’espace qu’il traverse, et son habitat lui-même n’est pas lié à un territoire, puisque son environnement se reconfigure suivant les étapes de son itinéraire »

M.Antonioli. Géophilosophie de Deleuze et Guattari, Paris, L’Harmattan.

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C’est par le mouvement, la mobilité, que la pensée nomade produit un autre point de vue, souvent critique sur le monde, une vision mise en forme par et dans le mouvement. L’hétérogénéité qui la caractérise s’oppose au stable à l’éternel, à l’identique au constant ».Dans la pensée nomadele point sédentaire n’existe que pour repartir, support, relais du mouvement, relais d’inspiration .aussi pourrait-on qualifier cette pensée de tourbillonnaire , non plus rectiligne, mais ouverte sur des espaces non-fermés et indéfinis.

Je voudrais donner un exemple de cette pensée nomade que nous redécouvrons ;un exemple qui est un paradoxe .Comme nous le montrent le travail des ethnologues, comme aussi le beau livre de Bruce Chatwin, le Chant Des Pistes., cette pensée existe de manière ancestrale chez des peuples dont on a simplement nié l’existence(terra nullius) ou considéré comme l’exemple même de la primitivité, à savoir les aborigènes d’Australie.(pour plus d’informations cliquer sur la catégorie aborigènes)

Aborigenes

Lonka-lonka

Dans ses travaux, l’anthropologue Barbara Glowczewski a montré l’existence d’une pensée réticulaire, multidimensionnelle chez les tribus aborigènes d’Australie, dont le système cognitif spatialisé et la cosmogonie reposent sur une vision traditionnelle de l’univers qu’elle qualifie de « connexionniste » dans le sens où tout y est virtuellement connectable et interdépendant : il est à noter que dans certaines régions, les aborigènes gravaient des coquilles perlières de nacre, les lonka-lonka, dont les motifs étaient souvent en formes de labyrinthes. Ces objets étaient des objets d’échange et circulaient de groupes en groupes, jusque dans le désert où ils servaient à faire tomber la pluie. Ils étaient associés à des êtres dits anthropomorphes, les Wanji venus de la mer et dont le voyage ressemblait aux lignes labyrinthique des coquilles.

Peintures

« L’interprétation dynamique de traces visuelles et la projection de savoirs spéculatifs dans l’espace sont la clef de la pensée aborigène. Ce système cognitif spatialisé repose sur une vision de l’univers qui pourrait être qualifiée de « connexionniste », car tout y est virtuellement connectable et interdépendant : toute connexion entre deux éléments a des effets sur d’autres éléments de ce réseau. Que ce soit les hommes et les femmes, le règne animal, végétal ou minéral, la terre, le souterrain ou le ciel, l’infiniment petit et l’infiniment grand, la vie actualisée et les rêves, tout interagit. Ces connexions sont mises en œuvre par les rites, les rêves, et par le lien spirituel et physique qui unit chaque humain à certains éléments de son environnement, lien qu’on a coutume en anthropologie de qualifier de « totémique ».

Barbara Glowczewski  » Rêve en Colère » – Collection Terre Humaine – Edition Plon 

Rupestres

Wanjina

Selon la présentation qu’en fait B.Chatwin, l’Australie aborigène est traversée de lignes, invisibles par tout autre que les aborigènes. Pour l’expliquer, ces derniers pensent que des êtres ancestraux et totémiques suscitèrent le monde, au « Temps du Rêve », « en chantant le nom de tout ce qu’ils avaient croisé en chemin – oiseaux, animaux, plantes, rochers, trous d’eau ». Chaque ancêtre avait ainsi balisé une  « piste de rêve » composée de mots et de notes de musique, un sillage sacré que ses descendants s’efforceraient d’emprunter. Ces lignes sont invisibles sauf à en retrouver les empreintes qu’ont laissé les « Etres du Rêve dans les sites et détails du paysage : un chasseur cueilleur sait lire le virtuel dans l’actuel, chaque empreinte ouvre donc sur un monde multiple faisant d’ailleurs appel à d’autres sens que la vue.

Signes de pistes

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Mal chanter serait alors abolir la création, menace constante étant donné l’équilibre précaire de l’environnement culturel et politique des Aborigènes. Mal chanter c’est omettre que l’identité (d’abord clanique) se construit par ces lignes et ses chants qui marquent l’appartenance à un paysage, à un territoire. (Un aborigène appartient à la terre et non l’inverse). Ce parcours peut être sinueux ; la ligne droite ne peut plus être la plus courte qu’en théorie, le point d’eau exigeant un détour sauf à en périr. Pour les aborigènes se déplacer était vital, d’où l’abolition des frontières ,à l’encontre des fils barbelés et des barrières matérialisant et clôturant l’espace des blanc colonisateurs. Le pays d’un aborigène était sans doute l’endroit seul où il n’avait pas à demander, mais il devait le quitter bientôt pour survivre. Il fallait à tout prix entretenir des relations de bon voisinage, car chaque lieu n’était rien d’autre qu’un point d’inflexion dans une vie que l’intelligence et l’instinct de conservation rendaient nomade.

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Les lignes de chants, lieu de parcours, d’échange et d’alliance (on échangeait des chants avec le groupe voisin dont il fallait en retour apprendre le chant) renvoient précisément à ce que Deleuze appelle » « ritournelle ». ABOS3

la ritournelle est un agencement sonore mais il peut y en avoir d’autres( (des ritournelles motrices, gestuelles, optiques, etc.).Ritournelle serait l’expression même du nomadisme et de ses dynamisme, une logique de l’existence : Chercher à rejoindre le territoire, pour conjurer le chaos  ; tracer et habiter le territoire qui filtre le chaos, S’élancer hors du territoire ou se déterritorialiser vers un cosmos (l’univers de sens qu’est le temps du Rêve et ses dimensions multiples.)qui se distingue du chaos.

Les Aborigènes ne sont donc pas enracinés dans un territoire ou dans une représentation qui calque celui-ci sur un mètre conventionnel, une norme stable. Ils occupent un seuil; ils illustrent le principe de  « transgressivité », un entre-deux permanent figure contemporaine du labyrinthe. Un tiers espace pénétré de toutes les forces qui naissent et s’expriment à la charnière entre les mondes

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Pour conclure je voudrais citer un texte de Bertrand Westphal, un des fondateurs de la géocritique, texte qui n’est pas sans rapport avec la pensée nomade et son échappée des lieux. Il résume d’une certaine façon « l’homme dans le labyrinthe », sa confrontation avec l’espace du réel. Il évoque le philosophe Clément Rosset pour qui le réel est « idiot », c’est à dire qu’il est simplement ce qu’il est, et donc on ne peut que le suivre (au lieu de s’évader dans un monde d’illusion.) .Extravaguant pourtant selon Sophocle, l’homme du moins a la capacité d’en explorer les virtualités.

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Jean-Claude Meynard  » Hyper-Street »,  peinture hyperréalisme de 7 mètres de longueur – Exposition Villa Tamaris 2010

« Ayant tous les chemins, sans chemin il marche vers rien quoiqu’il puisse arriver » Antigone.

Accueil

« Après avoir cité Lucrèce et Dante se plaignant l’un des incertitudes du temps et du lieu et l’autre des tracas que lui inspire la voie droite sujette à l’égarement, Rosset s’intéresse au personnage de Geoffrey Firmin dans Au-dessous du volcan (1947) de Malcolm Lowry. Geoffrey Firmin, ancien consul démis de ses fonctions, tente sans y parvenir d’échapper à l’emprise de l’alcool au fond d’une petite ville du Mexique. L’histoire est connue et il n’est pas nécessaire d’y revenir. Ce qui retient l’attention de Rosset, c’est la démarche claudicante du diplomate: as somehow, anyhow, they moved on ; ils avancent « de toute façon d’une certaine façon». La progression cahin-caha de l’alcoolique Geoffrey Firmin accompagné d’Yvonne devient symptomatique de ce que pourrait être l’inscription dans l’espace de l’ensemble de l’humanité, fût-elle sobre. C’est qu’elle aussi, face à la ligne droite que les cartes idéalisent, clopin-clopine de part et d’autre du repère, dans un Bei-Spiel permanent. Comme dit Rosset, « il n’est pas de « n’importe quelle façon » (anyhow) qui ne débouche sur « une certaine façon » (somehow), c’est-à-dire précisément sur quelque chose qui n’est pas du tout n’importe quoi, n’importe quelle façon, mais au contraire cette réalité-là. et nulle autre, cette façon qu’elle a d’être et aucune autre façon. Indétermination totale et détermination totale sont à jamais confondues l’une avec l’autre ». Cette réalité-là caractérise le lieu dans l’espace. Certes, elle n’est pas celle qu’une norme globalisatrice, déterminante, isole. Elle est plutôt celle qui accompagne les mille et une déclinaisons possibles de l’espace, la multitude d’incartades que la ligne droite qui pourtant devrait faire de l’espace un lieu global suscite…

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Jean-Claude Meynard « Hybridation Escalier Fractal »

L’espace n’est jamais vraiment là, il est au-delà, en deçà, à côté. Là est simplement le lieu, qui jamais ne coïncide avec l’espace. Il y a bien un espace vide, il est inqualifiable. As somehow anyhow, il est dans la transgression permanente, dans la trans-gressivité. Pour Rosset, il pourrait s’agir d’une extra-vagance, celle qui, selon lui, affecte l’Antigone de Sophocle aussi bien que le consul de Lowry. L’extra-vagance fait de l’un et de l’autre, et virtuellement de tout individu, un être pantoporos, « capable d’emprunter tous les chemins, y compris les voies interdites ». Ce faisant, il brave la monotonie du réel et les restrictions du lieu. Il s’ouvre un chemin dans l’espace et rouvre un espace que de toute façon rien ne saurait entraver. L’attitude pantoporos consacre l’approximation et l’approche relative au détriment de la permanence et de la station absolue. Elle est peut-être la seule plausible, qui arracherait l’individu moderne ou postmoderne à la sensation de clôture que lui inspire l’espace localisé, l’espace que les cartes, les lignes et les stries enferment dans le lieu. ».

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Jean-Claude Meynard – « Babel Algorithme  »  2010 

 

André Brahic et la Maison Fractale de Jean-Claude Meynard.

Superbe photo d’André Brahic en train d’expliquer le fractal devant la Maison Fractale de Jean-Claude Meynard. Janny Plessis, la journaliste de la revue SOPHIA-MAG, a rendu ainsi un hommage sensible à André Brahic disparu récemment.

André Brahic devant une oeuvre fractale de JC Meynard