Elisabeth Préault – Préface catalogue de Pascal Bazilé –  » Les Effacés » – 2011

Préface du catalogue de Pascal Bazilé par Elisabeth Préault – Exposition  » Fleurs de Fer » à Turin, Italie, Galerie Claudio Botello – 2011  expositionturin2011_page_22

« LES EFFACÉES »

Conversation avec un critique d’art

– Ça commence par un paysage de campagne… la Beauce, une terre sans limites, en hiver, des champs lourds, noirs… j’avais 6 ans et c’était toujours en novembre, sous la pluie de novembre, le dimanche en famille nous allions au cimetière du village pour visiter nos morts… Visiter nos morts, l’expression me dérangeait parce que moi, à 6 ans, j’avais pas de morts.

– Et vous en auriez voulu ?

– Bien sûr j’en aurais voulu ! Des morts rien qu’à moi, des morts dont je me serais souvenus, dont j’aurais raconté l’histoire, et sur lesquels j’aurais pleuré… dans ce petit cimetière de campagne, la déambulation familiale entre silence et chuchotements, parents, oncles, tantes… regardez, ils arrivent, ils passent, ils savent où ils vont, ils reconnaissent les gens à leur tombe…

– Vous ne les suivez pas ?

– Non, moi j’ai mes tombes personnelles, celles de la partie Nord, venez, c’est à une centaine de mètres, sur la gauche, attention, la pluie, le chemin est boueux, nous y sommes, arrêtez-vous devant cette tombe et  lisez le nom gravé dans la pierre.

– C’est difficile… il est recouvert par les mousses…

– Faites un effort, lisez entre les mousses.

– C’est pas si simple.

– Je l’ai bien fait, moi !

– Eh ! Vous aviez six ans !

– J’avais d’autant plus de mérite, je savais à peine lire.

– Bon, je me penche, ça glisse à cause de la pluie, mais je vois, enfin je devine… Ma…rie… Rivière…

– Vous devinez très bien, maintenant sur votre droite, une autre tombe, lisez.

– Ros, Rose… la suite est trop dégradée.

– C’est un nom composé, comme une musique, penchez-vous davantage.

– Rose… Marie, Rose-Marie Chagrin… une musique triste, tiens, là-bas, votre famille est partie, vous avez remarqué…

– Tant mieux, on sera plus tranquilles, on va descendre les marches…

– Dois-je vous rappeler que je suis critique d’art et non visiteur de cimetière !

– Un critique d’art est toujours un peu un visiteur de cimetière…

– Oh ! Ca va, les aphorismes !

– Stop ! vous avez dépassé la tombe d’Amélie Regret, regardez, juste derrière vous.

Amélie Regret… ah, la pluie s’est arrêtée, mais là, j’ai beau me pencher, le nom est effacé…

– Le nom mais pas les dates, 1895-1915, la très courte vie d’Amélie Regret, un fiancé mort à la guerre, l’étang n’était pas loin, ses jupes ont fait un bruit de froufrou quand elle s’est laissée glisser.

– Qui vous a raconté ça?

– Le village… les villages savent tout… regardez, l’autre tombe à côté, le nom est effacé lui aussi et il n’y a aucune date, on sait seulement que c’était une femme, elle n’a pas choisi l’étang mais la bassine d’eau, la tête la première et le temps qu’il faut, comme personne ne connaissait son nom, on l’a appelée « Dimanche » parce que sa mort était un dimanche.

– On se suicide beaucoup dans votre cimetière…

– On se suicide uniquement dans la partie Nord, à l’écart de ceux qui sont morts convenablement. Cette partie du cimetière s’appelle « Les Effacées »

– A cause des noms qui…

– Oui, à cause des noms.

– Alors, à 6 ans, ce n’était pas la peine de savoir lire.

– Non, pas la peine.

– C’est pour cette raison que vous alliez dans la partie Nord ?

– Au début, oui… mais peu à peu l’endroit m’est devenu familier, comme si j’avais enfin trouvé mes morts, ou plutôt, mes mortes, une famille secrète, une famille peu folle…

– Pas d’hommes ?

– Non, à six ans, l’homme c’était moi, moi qui veillait sur elles.

– Et ça a duré longtemps ces veilles?

– J’ai eu 7 ans, puis 8, puis 9, je venais après la classe en cachette de mes parents, et les grandes vacances, qui m’éloignaient d’elles, me semblaient interminables, j’avais peur, j’avais la hantise de la fosse commune, je m’imaginais de retour au cimetière lisant un avis placardé sur la grille :« Par décision préfectorale, les effacées ont été transférées dans la fosse commune ». Plus de corps, plus de traces, plus d’histoires, Marie Rivière, Amélie Regret, et les autres, toutes disparues définitivement, alors, devant cette image insupportable, vous savez ce que j’ai fait?

– Comment le saurais-je ?

– Réfléchissez ! C’est un acte simple qui ne devrait pas échapper à un critique d’art.

– Et bien ça m’échappe !

– J’ai acheté un carnet à dessins.

– Pardonnez-moi, ça n’aurait pas du m’échapper… vous avez laissé faire votre imaginaire et dessiné vos effacées.

– Non, à 9 ans, dessiner des corps de femmes, c’était trop difficile, alors j’ai dessiné l’eau, l’eau qui les avait recueillies, bercées, emportées, dessiner les remous, le miroitement, et quand la Grande Moire s’est jetée du pont…

– La Grande Moire?

– Oui, la Grande Moire, quelqu’un l’a vue, il a vu son corps de plongeuse, immense, droit, fuselé, transpercer l’eau…et plus rien… j’ai dessiné  » Le Plus Rien », cette eau plate, l’eau de sa mort… la Grande Moire, elle est là, sur votre droite.

– Il n’y a pas de pierre tombale ?

– Non, comme pour la Petite Veuve, juste à côté, 13 ans, veuve de personne, ou plutôt veuve d’elle-même, on n’a jamais retrouvé son corps, on a parlé d’un marécage… il m’a fallu vingt ans pour oser la sortir de sa boue, de sa glaise, et la sculpter… pendant vingt ans, j’ai sculpté autre chose, je ne voulais pas sculpter ces femmes-là, à la va-vite, histoire de les sortir de ma tête et qu’on en parle plus. Alors, j’ai attendu… et puis un jour, il y a eu un tracé, une ligne, une simple ligne avec quelques marches de douleur, comme des hoquets d’enfants : c’était la Petite Veuve, elle sortait de sa nuit, elle était devant moi, calme, reposée, ma première gisante… puis il y eut la Dame Blanche et la Mère Supérieure, elles sont arrivées au même moment, dans la même torsion d’acier qui m’a pris deux longs mois. Etrangement leur corps avait une pose identique, la Mère était simplement supérieure à la Dame – plus accoudée, plus dressée…

– Et leur histoire ?

– Le village l’ignore. On dit qu’on les a découvertes dans une chambre d’auberge, endormies côte à côte, mais on dit aussi qu’elles ne dormaient pas, qu’elles attendaient, qu’elles guettaient… c’est leur attente obstinée que j’ai sculptée.

– Et si ces femmes n’attendaient rien, ne guettaient rien, si finalement tout ce que racontait votre village était faux ?

– Quelle importance puisque désormais tout est vrai… la Dame Blanche et la Mère Supérieure reposent dans mon atelier, sur leur stèle, comme la Grande Moire, Amélie Regret, et toutes les autres……

– Vous en avez sculptées combien?

– Neuf.

– Neuf ? mais j’en ai compté huit.

– Vous avez mal compté, la pluie recommence à tomber… 

– Non, non, j’ai bien compté huit… il en manque une.

– Il faut y aller, le cimetière va fermer…

– Où est la neuvième ?

– Nulle part.

– Comment ça… nulle part ?

– La neuvième n’est pas morte.

– Mais pourtant, vous l’avez sculptée !

– Oui, je lui ai même donné un nom, Blanche, Blanche comme une page vierge.

– Un nouveau carnet de dessin ?

– Si vous continuez à me poser des questions, on va finir noyés… 

– Eh bien, comme ça, on restera dans l’ambiance ! Bon,  je vous suis, c’est vrai qu’il pleut des trombes… Mais quand même, Blanche, dîtes-moi, s’il vous plait, c’est qui, Blanche ?

– Blanche, c’est moi.

Préface du catalogue de Pascal Bazilé – pour l’exposition  » Fleurs de Fer  » à Turin ( Italie) Galerie Claudio Botello – 2011.

  • Bibliographie Elisabeth Préault
  • Julius Terman – Roman – Edition Balland – 1992
  • Les Visages Pâles – Roman – Editions Gallimard – 1997
  • Les Hybrides – Babel, la Géométrie des Enigmes, l’oeuvre de Jean-Claude Meynard – Editions Fragments International – 2010
  • Les Effacées, conversation avec un critique d’art – Préface du catalogue du sculpteur Pascal Bazilé, pour l’exposition « Fleurs de Fer », Galerie Claudio Botello, Turin, Italie, 2011
  • Toile de Fond, préface du catalogue de Corinne de Battista, 2013

 

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Elisabeth Préault – Texte sur « Les Hybrides » de Jean-Claude Meynard – Extrait du Livre La Géométrie des Enigmes –

Métamorphoses et Hybridations dans l’oeuvre de Jean-Claude Meynard – 2010

  À travers une œuvre qui va de l’hyperréalisme au fractal, Jean Claude Meynard a décliné deux thèmes majeurs : l’identité et le double.
Dès les années 70, avec les séries, Shizophrénie, le Jeu, Corps et Ames, jusqu’à la Matrice de Babel en 2009 où la silhouette humaine se fractalise et se démultiplie, il n’a cessé d’interroger ce « Je » qui est un « Autre ».
 Un « Autre Mythique » qu’il explore aujourd’hui avec la figure de Babel – tour de pierres qu’il a transformée avec le fractal, sa géométrie d’exécution, en une architecture d’hommes, réalisant ainsi sa première forme hybride.C’est sous ce signe de Babel qu’il a justement placé tous ses hybrides pour en signifier l’aspect transgressif. Elever une tour jusqu’au ciel est un défi aux lois humaines ; les hybrides de Meynard sont un défi aux fiches signalitiques de l’œuvre d’art : une date, un titre, une définition, un genre, une influence, une histoire. Meynard bouscule cet appareillage de la connaissance.Déjà il bouscule le temps. En rapprochant ses œuvres d’époques souvent très éloignées, en bannissant les genres, en recomposant l’hyperréalisme avec le fractal, il crée une brisure chronologique. Le temps cesse d’être linéaire, il devient spirale, zigzag, télescopage. Un temps inédit. Inventé. La Barque - peinture acrylique sur toile - 1975 / Ondes - Estampe sous plexiglas - 2004La Barque – peinture acrylique sur toile – 1975 / Ondes – Estampe sous plexiglas – 2004Comme l’espace. En hybridant ses œuvres, Meynard opère un changement d’optique et d’échelle, et l’œuvre nouvelle qu’il met à jour s’organise à l’intérieur d’un cadre absolument imaginaire.
Le parcours de Meynard, qui a porté sur le réel et la figuration de l’homme, a toujours été celui d’un chercheur de formes. Aujourd’hui, avec ses Hybrides, il explore la forme même de son œuvre. Par la combinatoire qu’il a mise au point, il greffe, associe, reformule, recompose ses propres toiles, comme si, en elles-mêmes, elles n’avaient pas tout montré, qu’elles contenaient d’autres possibles, d’autres figures, d’autres sens, d’autres toiles.
En cela, ce travail d’expérimentation qu’il réalise avec ses œuvres est aussi un mode de connaissance. Une toile qu’on penserait depuis longtemps connue, c’est à dire apprivoisée par le regard, une fois hybridée peut se révéler sauvage, méconnaissable.

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Ainsi quand Meynard réalise : « Icône I », hybride de l’Escalier de 1975, avec les Icares de 1995, et un Moucharabieh de 2005, il libère, enrichit, ou renouvelle les œuvres qui composent cet hybride.Dans une première approche, c’est le motif de la spirale, commun à ces trois œuvres, qui permet leur hybridation. Puis le travail de recréation donne à voir plus et autrement. L’escalier avec son mort énigmatique va au-delà de son référent visuel – cinématographique.En l’hybridant avec les Icares, Meynard dévoile sa dimension métaphysique, celle de la chute de l’homme. Quant aux Icares qui, par leur envol héroïque, défient la loi humaine, l’Escalier prosaïque leur apporte la dimension profane, la banale condition de l’homme, la chute sans grandeur.

Le Moucharabieh, lui, par son caractère intemporel, spiralé, presque byzantin, greffe les deux toiles d’une marque icônique. Ainsi Meynard, en hybridant ses trois œuvres, en les réinventant, réalise un grand icône sur la condition humaine : un panorama existentiel.

Meynard a toujours travaillé sur la forme – entre hyper réalité et géométrie fractale – il a tracé les figures du réel et de l’homme, et montré qu’une forme était toujours en devenir, en transformation et renouvellement. C’est pourquoi ses hybridations sont possibles, et fulgurantes, parce déjà en germes dans son parcours.

En faisant naître ses hybrides, en faisant de son art, de ses propres toiles, sa matière première et son terrain d’expérimentation, Meynard ouvre un champ de création à la combinatoire illimitée, et au delà, dans ce rapport particulier, dans ce duo qu’il a établi avec son œuvre, il crée un jeu de miroir – peintre et œuvre, qui regarde l’autre ?

ELISABETH PRÉAULT – juin 2010

Throughout works ranging from hyper-realism to fractal depiction, Jean-Claude Meynard has been a vehicle for two major themes: identity and the doppelgänger. From the 70’s, with the Schizophrenia, Games, Body and Soul series, all the way to the Matrix of Babel in 2009, where the human silhouette is fractured and multiplied, he has ceaselessly pondered this “I” which is an “Other”.

Here’s a “Mythical Other” which he is exploring today with the figure of Babel – a stone tower that he has transformed through his use of fractal geometry, turned into an architecture of Man, producing his first hybrid form.

It is precisely under the sign of Babel that he has put all of his hybrids to convey a transgressive feeling. Raising a tower into the sky defies human laws; Meynard’s hybrids are a defiance of the fact sheets of art works: a date, a title, a definition, a genre, an influence or a history. Meynard upsets this knowledge format. For a start, he upsets time. By juxtaposing his works from often very distant periods, by banning genres and by recomposing hyper-realism with fractal geometry, he creates a time warp. Time is no longer linear, it spirals, zigzags and telescopes. A new time. Invented. Like for space. By hybridizing his works, Meynard forces a change of optics and scale, and the new work that he updates is organized within an absolutely imaginary setting.

Meynard’s trajectory, geared towards reality and the human figure, has always been that of a seeker of shapes. Today, with his Hybrids, he is exploring the very shape of his work. By the combinations he’s perfected, he transplants, associates, reformulates and recomposes his own paintings, as if, by themselves, they had not yet revealed that they contained other possibilities, other figures, other meanings and other paintings.

Thus, this experimental task he’s doing with his works is also a gateway to knowledge. A painting that we thought was long ago understood – or tamed by the gaze – as soon as it’s hybridized – can reveal itself as wild and unrecognizable. So when Meynard paints “Icône 1”, a hybrid of “The Stairs” (1975) with “Icari” (1995) and Mashrabiya (2005), he liberates, enriches or renews the works making up this hybrid.

In a first approach, there’s the spiral motif, common to these three works, which enables their hybridization. Then the task of re-creation appears increasingly and diversely. “The stairs” with its enigmatic cadaver goes beyond its cinematographic visual reference.By hybridizing it with the Icari, Meynard reveals its metaphysical dimension, that of the Fall of Man. As for the Icari, who, via their heroic flight, defy human law, the stark Stairs provides them with an earthly dimension, the mundane human condition, the inglorious Fall. The Mashrabiya, through its timeless, spiralling and quasi-Byzantine character, implant an iconing imprint to the other two paintings. Thus Meynard, by hybridizing his three works and by reinventing them, produces one large icon for the human condition: an existential panorama.

Meynard has always worked on forms – whether they be in hyper-reality or fractal geometry – he traces figures from reality and from mankind, and shows that a shape has always been in progress, in transformation and renewal. That is why his hybridizations are do-able and striking, since they are already in germination in his artwork trajectory.

By giving birth to his hybrids, by using his art, his own paintings as his raw materials and his field laboratory, Meynard opens the creative path to unlimited combinations and beyond. In this special relationship, this duo he plays with his own works, he is creating mirrored interplay – painting and works, who is staring at whom?

Elisabeth Préault / 
Translated by Richard Prevett

  • Bibliographie Elisabeth Préault
  • Julius Terman – Roman – Edition Balland – 1992
  • Les Visages Pâles – Roman – Editions Gallimard – 1997
  • Les Hybrides – Babel, la Géométrie des Enigmes, l’oeuvre de Jean-Claude Meynard – Editions Fragments International – 2010
  • Les Effacées, conversation avec un critique d’art – Préface du catalogue du sculpteur Pascal Bazilé, pour l’exposition « Fleurs de Fer », Galerie Claudio Botello, Turin, Italie, 2011
  • Toile de Fond, préface du catalogue de Corinne de Battista, 2013

Corinne de Battista par Elisabeth Préault – Préface catalogue 2013 –  » Toile de Fond ».

TOILE DE FOND 

Par définition tout créateur est hanté, puisque toute création est comme la mise à jour d’une image obsédante, un dévoilement de fantôme.

Corinne de Battista n’échappe pas à cette règle, mieux, elle en joue : les fantômes occupent son territoire. Des fantômes dont elle ignore tout et qu’elle fréquente pourtant, avec lesquels elle vit, elle dort, elle s’entretient, fantômes qu’elle recherche inlassablement dans toutes les mémoires, la sienne et celle des autres… photos ! divins pièges à fantômes, les réapparus du passé… C’est dans le domaine publique,  brocantes, marché aux puces, ou collections d’amateurs, que Corinne de Battista débusque sa matière première… photographies de fin de siècle, le XIXème, clichés de studio, photos de classe, portraits de famille avec dames, avec messieurs, avec enfants. Elle dit : « Les enfants surtout sont impressionnants dans leurs habits du dimanche, un peu guindés, ils ne sourient pas et ils posent gravement… pour qui ?»

" Le Petit Modèle" Corinne de Battista
 » Le Petit Modèle » Corinne de Battista

Anonymat. Anonymat des gens sur les photos, anonymat des photographes, seule l’époque est décelable – par ses accessoires, ses costumes, ses jeux –  c’est l’époque des enfants immobiles. Normal, en habits du dimanche, il n’est pas question de courir, ni de froisser sa robe, il est même question d’arrêter le temps pour être là, tout beau, là où il faut être, exactement, sur la photo.

Cette posture, cette pose arrêtée de l’enfance fascine en premier. Notre époque, à travers ses représentations, saisit les corps dans leurs mouvements, leur aisance, leur liberté… l’immobilité, a contrario, signe la mort. Entre les deux, se tient le fantôme.

C’est bien cela que Corinne de Battista a vu, reconnu, ce fantôme-là, un peu guindé, qui ne sourit pas et qui pose gravement – pour elle. Quand on écrit on a toujours un fantôme assis à côté de soi, disait Julien Gracq, et pour reprendre la totalité de son texte en l’adaptant à la création picturale:

 » La toile ne vit que par le genre de liberté que lui donne l’espace et la couleur, utilisés selon leurs vraies pouvoirs, mais elle n’est tirée du néant que par la contrainte qu’impose de bout en bout au peintre une image exigeante, une obsession non entièrement picturale dans sa nature. « Adorable fantôme qui m’as séduit, lève ton voile ! » supplie le peintre – mais l’invisible apparition lui met en mains le pinceau.

Pas si simple.

Il faut d’abord que Corinne de Battista négocie – avec l’émotion. Il faut que les photos, les personnages la touchent au cœur, mais un cœur de peintre qui ressent, au-delà de la chose vue, la possibilité d’une œuvre ; au-delà des archives de la vie, l’autre vie possible, celle de la peinture, de l’espace temps recomposé. Elle dit que la sélection est rapide, que certains éléments sont déterminants, les regards, les postures, les tenues… ainsi le futur modèle apparaît, se dessine, et, droit dans les yeux, semble dire au peintre : « Regarde, c’est moi ! ». Plus qu’une sélection, c’est une reconnaissance mutuelle.

C’est après que le travail commence.

Dans un premier temps un travail d’épure, une manière de chirurgie, avec ordinateur, scanner, logiciel et filtre informatique, pour extraire de la photographie, de l’histoire, du temps embrouillé, son centre de gravité, de fixité, son schéma sensible, l’adorable fantôme qui attend, du peintre, sa mise à jour, sa mise en vie, et là il faudra que chacun tienne sa promesse : le fantôme d’apparaître et le peintre de peindre…

Ainsi De Battista travaille-t-elle – à deux, elle et son fantôme. En cela elle s’apparente à tous les créateurs, sauf que pour elle, le fantôme est à la fois sujet et objet de sa peinture, une peinture qui, au-delà, construit un visuel de l’apparition.

"La Mascarade" - Corinne de Battista
« La Mascarade » – Corinne de Battista

Une construction très élaborée, méthodique, qui passe par l’étude du personnage, le tracé de ses contours sur la toile comme autant de limites et découpes du territoire à peindre, puis, de la valeur la plus foncée à la plus claire : la mise en lumière. Corinne de Battista dit que cette phase préparatoire est lente et laborieuse, mais qu’il y a dans ce « labeur », un délassement, une sensation de temps bienveillant, nécessaire avant d’affronter le corps même de son sujet, le corps du fantôme.

Mais, au fait, ça apparaît comment un fantôme?

"Petite fille aux oiseaux" - Corinne de Battista
« Petite fille aux oiseaux » – Corinne de Battista

Douloureusement, répond-t-elle. Parce que, désormais, elle va travailler le « personnage » et « le fond sur lequel il va apparaître » en même temps, dans une recherche d’équilibre entre apparition et disparition, naissance et mort… « Dans ces moments-là, je suis comme sur une brèche et, de chaque côté, se tient le ravin » confie-t-elle. Son travail sur les masses, la densité des fonds, les montées chromatiques, les recouvrements successifs, tout son art de « la fixité » va alors s’employer à lutter contre le vertige pour mettre en place, en peinture, en vie, l’apparition…

« Vous l’avez-vu ? » ainsi nomme-t-elle l’une de ses toiles représentant une petite fille qui, assise sur une chaise, désigne du doigt le lapin qui passe au-dessus de sa tête.

"Vous l'avez-vu ?"
« Vous l’avez-vu ? » – Corinne de Battista

Oui, on l’a vu, on a même vu le fantôme qui voit le fantôme, et pourtant, par essence, les fantômes sont incertains, inconstants, là et déjà évanouis, vrais et pourtant illusoires, mais De Battista, justement, peint cette hésitation de leur être, leur flottement, entre mémoire et oubli, et, tandis qu’elle montre à la fois leur présence et leur dissolution, elle révèle leur géométrie :  la fixité et le flou.

"Soeur et Frère" - Corinne de Battista
« Soeur et Frère » – Corinne de Battista

Dans l’une de ses dernières toiles, «  Soeur et Frère », le flou s’insinue sur la gauche, sur le personnage du petit garçon qui commence à s’effacer, on dirait que la toile se dilue, une dilution d’aquarelle, tandis qu’apparaît au premier plan une figure géométrique, une sorte de cube déplié dont la présence semble incongrue ; c’est là une toile exemplaire, presque conceptuelle, qui montre sur un même plan, le flou et, à côté, une forme détachée, purement géométrique, intellectuelle, une forme d’idée. Car, à défaut d’exister, les fantômes naissent quand même de « quelque part », d’une toile de fond émotionnelle, mais aussi, comme la peinture, comme l’art, ils naissent d’une idée – de mort et d’immortalité – ils sont « cosa mentale »

Corinne de Battista, dans son parcours de peintre, achemine ses personnages vers « cette mise à distance », elle installe leur géométrie, leur langage pictural, leur identité d’énigme que sa peinture explore.

Certes, on peut toujours dire de ses personnages qu’ils sont des doubles, des sosies, des miroirs, des rêves, des bouffées de mémoires, on peut décliner tout le glossaire de la psychanalyse, sauf que Corinne de Battista est avant tout un peintre et qu’il n’existe aucun fantôme – revenu du froid mortel – sans créativité brûlante.

Elisabeth Préault – préface du Catalogue d »exposition de Corinne de Battista / Sept 2013

Site de Corinne de Battista

Exposition personnelle Galerie ESPE Confluence(s), Lyon

Lieu : Galerie ESPE Confluence(s)
5 rue Anselme
69004, Lyon
Tél : 0472073074
http://iufm.univ-lyon1.fr/confluences/exposition-a-suivre

  • Bibliographie Elisabeth Préault
  • Julius Terman – Roman – Edition Balland – 1992
  • Les Visages Pâles – Roman – Editions Gallimard – 1997
  •  » Les Hybrides  » – Babel, la Géométrie des Enigmes, l’oeuvre de Jean-Claude Meynard – Editions Fragments Internationales – 2010
  •  » Les Effacées » – Préface du catalogue du sculpteur Pascal Bazilé, pour l’exposition « Fleurs de Fer », Galerie Claudio Botello, Turin, Italie, 2011 

Le Baiser de Jean-Claude Meynard – Histoire d’un tableau

Mis en avant

Le Baiser - Peinture de Jean-Claude Meynard -  Acrylique sur toile -  96x160 cm - Série " Corps et Graphiques" - 1983

Le Baiser – Peinture de Jean-Claude Meynard – Acrylique sur toile – 96×160 cm – Série « Corps et Graphiques »- 1983

La toile « Le Baiser «  de Jean-Claude Meynard exprime la fusion de deux corps dans une pose amoureuse. Les contours des corps sont figurés comme des lignes de lumière.

« Le Baiser » a  été utilisé comme couverture du roman  » Julius Terman, Portrait vers 1992″ de  Elisabeth Préault paru en 1992 aux éditions Balland.

Article sur Elisabeth Préault

Article sur le livre « Julius Terman, Portrait vers 1992  » de Elisabeth Préault- Jeudi 23 avril 1992

Julius Terman, roman d'Elisabeth Préault,

« Julius Terman, Portrait vers 1992 », roman d’Elisabeth Préault, article de Pascal Ziegel, 1992

Couverture Julius Terman copie

Autre fusion de la peinture avec l’écriture, le roman Julius Terman décrit le rapport fusionnel entre un peintre, Julius Terman, son modèle, et son art.

HISTORIQUE DE LA TOILE « LE BAISER » 
Cette oeuvre appartient à la série  » Corps et Graphiques « .

C’est à partir des années 80, que Meynard se dégage de toute narration, de tout arrière-plan, et utilise la seule lumière pour figurer les présences humaines.

Dans cette série, les êtres, les contours des corps, sont peints comme des rayonnements, des tracés, des lignes luminescentes, les corps sont des impressions lumineuses, des persistances rétiniennes…. La lumière crée l’individualité de la forme. Meynard poursuivra ce travail sur les corps lumineux jusqu’à la série du Radeau des Muses

Texte de Giovanni Lista

« Dans la série « Corps et Graphiques  » Jean-Claude Meynard se libère de toute anecdote résiduelle, de toute accidentalité narrative, dans des toiles où de simples détails anthropomorphes d’un corps en action, parfois accompagnés de tracés linéaires tendus à l’extrême, traduisent le déploiement de l’énergie dans l’espace.

La scène picturale elle-même, se situant sur un fond assombri et en dehors de toute dimension perspective, s’affirme à la manière de certaines images de l’écran électronique dont elle a l’immatérialité fictive et le caractère tout à la fois labile et péremptoire.

Les formes, peintes avec des effets semblables à l’aura luminescente du néon, ne vivent que dans une apparition fugace et diaphane. Chaque ligne s’étend suivie ou contrée par des halos lumineux et des sillages de couleurs. La gamme chromatique est artificielle, acide et criarde, mais ses dégradations et ses intensifications matérialisent les transmutations fusionnelles de l’énergie comme lumière. Le sujet de la peinture n’est rien d’autre que l’éclat même de l’être. »

La série « Corps et Graphiques  » comptent une vingtaine de peintures, deux sont devenues emblématiques :   « Le Baiser » et « Le Portrait de Marcel Duchamp ».

Le Portrait de Marcel Duchamp

Portrait de Marcel Duchamp par Jean-Claude Meynard - peinture acrylique sur toile - 1981 - 100x73 cm

Jean-Claude Meynard – Portrait de Marcel Duchamp – peinture acrylique sur toile – 1981 – 100×73 cm

« Le Portrait de Marcel Duchamp  » a longtemps été classé dans la série sur le jeu, Jean-Claude Meynard ayant représenté Duchamp dans la pose du Joueur d’échecs, ce que Duchamp était – aussi. C’est depuis peu que cette toile a rejoint sa série, pour ainsi dire, naturelle, sur le travail de la lumière… Marcel Duchamp est bien une forme peinte comme une aura luminescente.

Autres toiles de la Série « Corps et Graphiques »

Jean-Claude Meynard "Comète", peinture acrylique sur toile 1983 89x160 cm  -

Jean-Claude Meynard « Comète », peinture acrylique sur toile – 1983 –  89×160 cm

Jean-Claude Meynard - "Le Saut ", peinture acrylique sur toile - 1982 - 89x130 cm

Jean-Claude Meynard – « Le Saut « , peinture acrylique sur toile – 1982 – 89×130 cm

Jean-Claude Meynard - "Chaloupé", peinture acrylique sur toile - 1983 - 89x116 cm

Jean-Claude Meynard – Chaloupé », peinture acrylique sur toile – 1983 – 89×116 cm

Atalante - Jean Claude Meynard - peinture acrylique sur toile - 1982 - 146x89  cm

Atalante – Jean Claude Meynard – peinture acrylique sur toile – 1982 – 146×89 cm

Transe... en danse - Jean-Claude Meynard - peinture acrylique sur toile- 1983 - 130X195 cm

Transe… en danse – Jean-Claude Meynard – peinture acrylique sur toile – 1983 – 130X195 cm

Contre-pied - Jean-Claude Meynard - peinture acrylique sur toile- 1983 - 146x89 cm

Contre-pied – Jean-Claude Meynard – peinture acrylique sur toile- 1983 – 146×89 cm

Flipper de Jean-Claude Meynard – Histoire d’un tableau

Le Flipper - Tableau hyperréaliste de Meynard - 1974  - Collection privée

Flipper – Tableau hyperréaliste de Meynard – peinture sur toile – 1974 – Collection privée

Flipper de Meynard – la période hyperréaliste

Au tout début de son parcours d’artiste peintre, dans les années 1970, Meynard aborde déjà  la complexité du réel mais par sa figuration la plus exhaustive : l’hyperréalisme

Cependant, ses toiles de l’époque qui représentent des mythologies urbaines, scènes de rue, bar, flipper, moto, ne sont pas des constats «photographiques» mais un travail pictural consistant à représenter le réel avec une surabondance d’éléments visuels telle que notre perception s’en trouve à la fois comblée et surprise.

Comme l’écrira Gilles Plazy, « (…) Chez Meynard, toute image, même la plus apparemment réaliste, est un fantasme. C’est dans la ligne du pop-art que Meynard a d’abord montré sa virtuosité de dessinateur. Il fallait le voir peindre une moto, les innombrables bouteilles derrière le comptoir du bistrot, ou en quatre tableaux reconstituer le paysage d’une rue de la Butte Montmartre en une vue panoramique.. La précision dite photographique en peinture nous trouble et jadis déjà le trompe l’oeil créait un fascinant malaise. Peut-être est-ce qu’il y a quelque chose de maniaque dans l’extrême précision, une façon de remplir le tableau de détails pour que s’y perde le regard, et sans doute aussi un désir un peu fou de ne rien laisser échapper d’une réalité qu’on ne peut  pourtant représenter que dans la mesure où on s’en retire. »

En fait Meynard ne reproduit pas le réel, il organise et orchestre « un effet de réalité ». Dans ses toiles, la composition est dépourvue de hiérarchie et de centre focal. Les détails les plus infimes sont figurés au même niveau de réalité et le près et le loin ont la même focale. Le regard du spectateur peut alors saisir au même instant, l’ensemble et le détail, le macro et le micro, le premier et le dernier plan : une vision plus vraie que nature, une vision fausse. Et c’est à travers cette vision-là, ce prisme du « faux vrai » que  Meynard nous dévoile la société des années 70 – la société de consommation, toute en images et spectacles – où l’homme devient image lui aussi, ni plus vivant, ni plus réel que toutes les autres pièces du puzzle avec lesquelles il partage le même degré d’existence pu d’inexistence.

Toutes les toiles hyperréalistes de Meynard renvoient ainsi l’homme à sa surface.

 Brasserie - Toile hyperréaliste de Meynard - 1974

Brasserie – Meynard – 1974 –  » Avec l’hyperréalisme de Meynard,  l’homme devient image, aussi rutilant que son comptoir… ni plus vivant, ni plus réel qu’un objet. » – Collection privée. U.S.A.

Basket - Toile Hyperréaliste de Meynard - 1975

Basket – Jean Claude Meynard – 1975 – collection privée U.S.A

La Motocyclette de Meynard  - Peinture hyperréaliste sur toile 89x130cm

La Motocyclette de Meynard – Peinture hyperréaliste sur toile 89x130cm – 1973 – Collection privée.

La Motocyclette de Meynard  - Lithographie intitulée " Mars"

La Motocyclette de Meynard – Lithographie intitulée  » Mars »  – 1975

"Hyper Street" de Meynard - 1974/1975  - Tabeau hyperréaliste de 7 mètres de longueur - en quadryptique.

« Hyper Street » de Meynard – 1974/1975 – Tabeau hyperréaliste de 7 mètres de longueur – en quadryptique. Collection privée.

"Hyper Street" de Meynard - 1974/1975  - Tabeau hyperréaliste de 7 mètres de longueur - en quadryptique.

« Hyper Street » de Meynard – 1974/1975

"Hyper Street" de Meynard - 1974/1975  - Tabeau hyperréaliste de 7 mètres de longueur - en quadryptique.

« Hyper Street » de Meynard –

Hyper Street - Meynard - Partie droite du quadryptique

Hyper Street – Meynard – Partie droite du quadryptique – 1

Hyper Street  - 2

Hyper Street – 2

Hyper Street 3

Hyper Street – 3

Hyper Street 4

Hyper Street 4

 Lamborghini - Tableau hyperréaliste de Meynard - peinture sur toile - Collection privée

« Lamborghini » – Jean Claude Meynard – peinture sur toile – 1976 – Collection privée Tunisie.

" Métropolitain"  - Meynard - Tableau hyperréaliste  - peinture sur toile

 » Métropolitain » – Jean Claude Meynard – Peinture sur toile – 1974

Meynard – 1974 – 2000 – De l’hyperréalisme au Fractal – Mise en échos  

Depuis 35 ans, Meynard, qui explore la complexité du réel, a créé des univers picturaux de factures très différentes pourtant, lorsque l’on rapproche ses univers d’époques éloignées, des Echos se font jour comme autant de répliques d’un séisme primitif que l’on imagine fondateur de l’acte de peindre.

Ce processus a été mis en évidence lors de l’exposition « Babel, la Géométrie des Enigmes », au Centre d’Art – Villa Tamaris (Var, France) en 2010.

Par la volonté du directeur du Villa, Robert Bonaccorsi, l’exposition, regroupant 35 années de création, avait été organisée en mêlant les grands cycles de Meynard dont : l’Hyperréalisme et la Dimension Fractale de l’Homme… donnant ainsi à voir l’extrême cohérence de l’œuvre.

« Meynard a toujours travaillé sur la forme, de l’hyper réalité à la géométrie fractale, il a tracé les figures de la complexité et de l’homme, et montrer qu’une forme était toujours en devenir, en transformation et renouvellement, c’est pourquoi ses re-créations de la Villa Tamaris ont été possibles et fulgurantes parce déjà en germes dans son parcours. » Extrait du livre «  Babel, la Géomérie des Enigmes »

Jean-Claude Meynard - " Hyper-Street "(Peinture sur toile de 7 mètres de longueur ) 1974  sur une "Rue fractale" 2010 (Sérigraphie numérique sur p.v.c) Cette installation a été présentée au Centre d'Art Villa Tamaris en 2010

Meynard –  » Hyper-Street « 1974, la toile « Hyperstreet  » est positionnée sur la  « Rue fractale » de Meynard réalisée en 2010 (Sérigraphie numérique sur p.v.c)
Cette installation a été présentée au Centre d’Art Villa Tamaris en 2010.

Jean-Claude Meynard - "Echo" 2005 (Architecture fractale) - Brasserie" 1975 (Acrylique sur toile)

Jean-Claude Meynard – « Echo » 2005 (Architecture fractale) – Brasserie » 1975 (Acrylique sur toile)

Meynard - "Maison Fractale" 2004 (Architecture numérique) - " Le Métropolitain" 1974 (Acrylique sur toile)

Meynard – « Maison Fractale » 2004 (Architecture numérique) –  » Le Métropolitain » 1974 (Acrylique sur toile)

Notice Biographique.

En 1981, Meynard reprendra la figuration du Flipper dans sa série  » Shizophrénie « … où il travaillera sur le thème du double -Exposition N.Y.

Exposition Jean-Claude Meynard à N.Y. 1981

Affiche de l’exposition Jean-Claude Meynard à Zoma Gallery N.Y.  Février/ Mars 1981

Jean-Claude Meynard et Joël Stein… géométries en duo.

Jean-Claude Meynard et Joël Stein vus par Philippe Vermes

Jean-Claude Meynard et Joël Stein – Deux géométries exposées en 2001  à la galerie Lavignes Bastille. Photo Philippe Vermes.

 Article H.F.Debailleux sur Jean-Claude Meynard et Joël Stein

L’INFINI MIS EN ABÎME

4 avril 2001 à 00:23

Par DEBAILLEUX HENRI-FRANÇOIS

L’infini, c’est un peu comme Rome: plusieurs chemins peuvent y mener. Et au moins deux, comme le met très bien en perspective cette exposition qui confronte les démarches de Joël Stein (né en 1926) et de Jean-Claude Meynard (né en 1951).

Au rez-de-chaussée de la galerie, une sélection d’oeuvres datées de 1960 à 1981 rappelle le parcours de Joël Stein, qui fut l’un des fondateurs (aux côtés de François Morellet notamment) du Grav (Groupe de recherche d’art visuel, créé en 1960, à Paris, et dissous en 1968). Elles s’amusent d’Accélération optique (titre d’une pièce), de compositions avec des trames, des labyrinthes, des trièdres… pour mettre en place des jeux visuels et des perspectives infinies.

Au premier étage, les oeuvres de Jean-Claude Meynard introduisent, elles, à une autre géométrie, non euclidienne celle-là, puisqu’il s’agit de la géométrie fractale. Celle avec laquelle Meynard (pilier du Mouvement fractal, créé en 1994) travaille depuis plus de dix ans, comme le rappelle en introduction la toile Cristaux (de 1991), suivie de quelques autres de différentes séries et surtout les toutes récentes. On y retrouve le travail sur la complexité, la mise en abîme, l’autosimilarité, les jeux d’échelle, le réseau qui anime la recherche de l’artiste, mais encore plus poussé qu’auparavant. Réalisées en impression numérique sous Plexiglas et en relief, elles saturent l’espace d’excès visuels (de signes, de lignes, de formes) et d’arborescences, pour évoquer l’effet papillon, qui, de fil en aiguille et de la chrysalide à la lumière, se cristallise lui-même en papillon et ainsi de suite. Spirales sans fin pour ouvrir de nouvelles perspectives et de nouveaux infinis, des plus petits aux plus grands et vice versa.

Galerie Lavignes-Bastille. 27, rue de Charonne, 75011.

 Jean-Claude Meynard et Joël Stein - Joël Stein et Jean-Claude Meynard - Le Grav, le Fractal... deux géométries en duo - Photo de Philippe Vermes

Jean-Claude Meynard et Joël Stein, Joël Stein et Jean-Claude Meynard – Le Grav, le Fractal… deux géométries en duo exposées en 2001 à la galerie Lavignes-Bastille – Photo Philippe Vermes